L'informatique, c'est pas mon truc. Pas de chance, elle arrive de partout, on ne peut pas l'éviter. Besoin de refaire le stock de seringues ? Une commande informatique. Préparer les plannings du mois prochain ? Fini le papier, maintenant, c'est sur écran d'abord, et on imprime aprés ! Une question ? Une info ? Direction la messagerie ! Savoir qui fait quoi ? Va voir l'intranet !
Je m'y suis donc mise avec humilité, mais sans patience. Première étape : passer d'un doigt à deux, puis trois, puis cinq. Cette amélioration prodigieuse de ma productivité a nécessité une pratique assidue du clavier, avec pour principal terrain de jeux la messagerie.
C'est quand même super, la messagerie : penser un truc, l'écrire (ou plutot le taper : l'écriture, c'est autre chose), et hop, on l'envoie à Pierre, Paul et Mr Jacques ! Et puis je reçois des mails, que je classe dans des dossiers que j'ai créés. Bon, les dossiers, il parait que je les crée un peu n'importe comment et qu'on les retrouve de partout : sur le bureau, sur le disque dur, sur le serveur commun, sur le serveur personnel. Je ne comprend pas bien ces histoires d'endroits où sont créés les dossiers, mais bon, je m'y retrouve à peu prés.
Les mails, il y en a plusieurs sortes : ceux des copines qui m'envoient des images et des blagues, ceux du syndicat qui m'envoient les mêmes tracts que ceux que je trouve ensuite dans mon courrier, ceux de la Direction qui me transmettent les enquètes à remplir pour le ministère (en fait, rien qu'aux questions, on voit bien que c'est souvent un stagiaire ou quelqu'un qui ne connait rien aux monde de la santé), des notes de service, des résultats d'audits, des tableaux de bord, la vie des réunions, avec plein de pièces jointes qui me causent bien du souci. Je lis tout. Je classe tout. Ce que je n'ai pas lu, le titre est en gras. Une fois que je l'ai lu, ce n'est plus en gras.
Et puis je me suis aperçue que ma messagerie n'en faisait qu'à sa tête. Ca a commencé avec des messages que je ne retrouvais plus. A l'assistance informatique, ils m'ont expliqué que je les avais détruits ou classé n'importe où. Un problème de blonde, quoi. Quand j'en ai parlé à mon mari, il m'a expliqué pareil, avec plus de tact et en utilisant des termes trés trés techniques. En gros, l'informatique, ça ne se trompe jamais. Les informaticiens non plus (au pire, ils comprennent mal). C'est l'utilisateur de base, la plaie : il ne comprend rien, ne se fait pas comprendre et réussit à planter l'ordinateur en lui demandant des trucs que des personnes normales (des informaticiens par exemple) n'imaginent même pas !
Bon. C'est ma faute de grosse nulle. Et çes messages que je perds, ça me gène pour travailler efficacement. L'informatique révèle mes difficultés à m'adapter, à m'organiser et à comprendre. Avant, je faisais illusion.
lundi 16 juillet 2007
mercredi 25 avril 2007
Twingo
Vendue, la twingo. C'était une épave. Une pente forte, de la pluie verglaçante, ou bien une neige fondue-glacée, un coup de frein, et j'ai fini dans un rocher, posé là pour décorer un terre-plein. Un accident.
Ce n'est pas un accident. Cette voiture a reçu tant de coups de pieds, ses portes ont été pliées, ses flancs balafrés à coup de clef ou de tournevis, ses serrures forcées, ses pneus crevés. C'était voulu. On pensait se débarrasser de moi. Cette voiture était toujours garée aux mêmes endroits : parking de l'hopital, à l'écart des regards, parking de ma rue, pas toujours éclairé. Elle a été trafiquée. Ce n'était pas un accident. J'était lucide ce jour-là. Je n'avais pas pris de Lexomil. Bien sur, j'étais un peu fatigué, je n'ai pas dormi la nuit dernière, ni celle d'avant, et j'étais tracassée. Mais ce n'était pas un accident.
Des gens qui sortaient de leur travail l'ont poussé un peu plus loin pour moi. Je suis rentrée à pieds, la tête vide.
Mon mari voulait que j'ai cet accident. Il a amené cette voiture au garage quelques jours avant. Il a changé un pneu et l'a mis ensuite en roue de secours. Un pneu neuf en roue de secours. Ce n'est pas normal. Il aurait du changer deux pneus et en mettre un vieux en roue de secours. Il savait que le temps allait tourner au gel.
Il est parti. Il m'a abandonnée. Tout le monde sait qu'il va m'abandonner, et lui, je ne sais pas ce qu'il attend pour me le dire franchement. Il est parti trois jours en Slovénie. Un travail, des clients à convaincre. Ca a l'air vrai. Je suis sur qu'il a quelqu'un, ou qu'il profite de ces trois jours pour se laisser séduire par des slovènes. Elles rèvent de séduire un occidental qui les sortent de leur vie pourrie et de leur pays pourri. Elles veulent me prendre mon mari. Je l'ai appelé, il était cinq heures du matin. Il y avait quelqu'un dans sa chambre. Il a bredouillé que c'était un cintre qui était tombé dans l'armoire, qu'avec le décalage horaire, pour lui, il était quatre heures et que ce n'était pas une heure pour l'appeler. Je ne dors plus. Même en doublant les doses de Lexomil.
Le téléphone coupe, il ne répond pas. Soi-disant que les réseaux de portables ne sont pas aussi fiables qu'en France.
Je lui dit pour la Twingo. Il me demande si je vais bien. Si j'ai appelé l'assistance pour l'emmener au garage. Je n'ai pas envie de m'en occuper. J'attends qu'il revienne. Je l'aime à la folie. J'ai besoin de lui. Je ne veux pas qu'il reparte. Quand il est là, rien ne peut m'arriver. Il me protège. Il me dit d'arréter d'être parano. L'avion le ramène aprés-demain. Le compte-à-rebours d'une libération attendue.
Je me souviens. C'était avant. J'avais confiance en la vie, en les autres, en lui.
Et puis j'ai attrapé la parano.
Ce n'est pas un accident. Cette voiture a reçu tant de coups de pieds, ses portes ont été pliées, ses flancs balafrés à coup de clef ou de tournevis, ses serrures forcées, ses pneus crevés. C'était voulu. On pensait se débarrasser de moi. Cette voiture était toujours garée aux mêmes endroits : parking de l'hopital, à l'écart des regards, parking de ma rue, pas toujours éclairé. Elle a été trafiquée. Ce n'était pas un accident. J'était lucide ce jour-là. Je n'avais pas pris de Lexomil. Bien sur, j'étais un peu fatigué, je n'ai pas dormi la nuit dernière, ni celle d'avant, et j'étais tracassée. Mais ce n'était pas un accident.
Des gens qui sortaient de leur travail l'ont poussé un peu plus loin pour moi. Je suis rentrée à pieds, la tête vide.
Mon mari voulait que j'ai cet accident. Il a amené cette voiture au garage quelques jours avant. Il a changé un pneu et l'a mis ensuite en roue de secours. Un pneu neuf en roue de secours. Ce n'est pas normal. Il aurait du changer deux pneus et en mettre un vieux en roue de secours. Il savait que le temps allait tourner au gel.
Il est parti. Il m'a abandonnée. Tout le monde sait qu'il va m'abandonner, et lui, je ne sais pas ce qu'il attend pour me le dire franchement. Il est parti trois jours en Slovénie. Un travail, des clients à convaincre. Ca a l'air vrai. Je suis sur qu'il a quelqu'un, ou qu'il profite de ces trois jours pour se laisser séduire par des slovènes. Elles rèvent de séduire un occidental qui les sortent de leur vie pourrie et de leur pays pourri. Elles veulent me prendre mon mari. Je l'ai appelé, il était cinq heures du matin. Il y avait quelqu'un dans sa chambre. Il a bredouillé que c'était un cintre qui était tombé dans l'armoire, qu'avec le décalage horaire, pour lui, il était quatre heures et que ce n'était pas une heure pour l'appeler. Je ne dors plus. Même en doublant les doses de Lexomil.
Le téléphone coupe, il ne répond pas. Soi-disant que les réseaux de portables ne sont pas aussi fiables qu'en France.
Je lui dit pour la Twingo. Il me demande si je vais bien. Si j'ai appelé l'assistance pour l'emmener au garage. Je n'ai pas envie de m'en occuper. J'attends qu'il revienne. Je l'aime à la folie. J'ai besoin de lui. Je ne veux pas qu'il reparte. Quand il est là, rien ne peut m'arriver. Il me protège. Il me dit d'arréter d'être parano. L'avion le ramène aprés-demain. Le compte-à-rebours d'une libération attendue.
Je me souviens. C'était avant. J'avais confiance en la vie, en les autres, en lui.
Et puis j'ai attrapé la parano.
jeudi 19 avril 2007
Histoire d'un harcèlement
A travers ce blog qui se pianote à plusieurs mains, au milieu de sujets plus ludiques ou plus matériels, je souhaite vous raconter l'histoire d'un harcèlement au quotidien, le mien.
C'est une histoire qui ne date pas d'hier : elle a commencé voilà trois ans. Vous retrouverez donc ici des moments trés actuels et des flash-backs. Tous douloureux, malgré le baume que peuvent m'apporter des collègues, des amis, ma fille, mon mari.
L'écriture m'est difficile. Je vais donc écrire lentement. Décrire petit à petit. Eviter de déchirer mes plaies, de sortir trop vite de l'ombre où je m'enferme pour aller vers la lumière de votre écran. Je vais donc prendre mon temps, prendre des détours, laisser de l'ombre, du brouillard, des contradictions. Je vais me protéger.
Le décor est agréable : un hôpital bati au 19ème dans un quartier résidentiel. Des arbres, des jardins, des batiments de briques et de pierre, avec au centre le batiment de la direction, tout à la fois plus bas et plus imposant. Un batiment conçu dès l'origine pour marquer que le pouvoir y réside.
Son histoire marque une époque : c'était à l'origine un "hotel des invalides de guerre". Les militaires prennent soins des leurs. Un "hotel" ? un "hopital" ? La différence est simple : l'hotel ne laisse pas espérer de guérison, simplement du repos. Il arrivait toutefois que l'on y guérisse, en acceptant de perdre un bras ou son image.
Le mèdecin n'est pas celui qu'attendent ceux que l'on n'appelaient pas encore les patients. Ils attendent les infirmières. Celles qui soignent, qui soulagent, qui parlent, qui écoutent, qui font réver. Des anges. Des saintes. En fait, des religieuses. Elles ont la foi. C'est une vocation. Elles sont désintéressées. Il n'est pas question des 35 heures, ni même de les payer. Quand l'hopital est devenu public et la république laïque, elle ont continué à venir. Leur travail n'est plus gratuit aujourd'hui, mais celà reste récent. Et dans le monde de l'hopital, celà continue de marquer : le salaire d'une infirmière, ça doit d'abord être le bien qu'elle fait autour d'elle.
Les soeurs n'y ont pas tout perdu : un pavillon de l'hopital leur est aujourd'hui réservé. Elles sont plusieurs à y voir le diable et à hurler longuement certaines nuits.
C'est une histoire qui ne date pas d'hier : elle a commencé voilà trois ans. Vous retrouverez donc ici des moments trés actuels et des flash-backs. Tous douloureux, malgré le baume que peuvent m'apporter des collègues, des amis, ma fille, mon mari.
L'écriture m'est difficile. Je vais donc écrire lentement. Décrire petit à petit. Eviter de déchirer mes plaies, de sortir trop vite de l'ombre où je m'enferme pour aller vers la lumière de votre écran. Je vais donc prendre mon temps, prendre des détours, laisser de l'ombre, du brouillard, des contradictions. Je vais me protéger.
Le décor est agréable : un hôpital bati au 19ème dans un quartier résidentiel. Des arbres, des jardins, des batiments de briques et de pierre, avec au centre le batiment de la direction, tout à la fois plus bas et plus imposant. Un batiment conçu dès l'origine pour marquer que le pouvoir y réside.
Son histoire marque une époque : c'était à l'origine un "hotel des invalides de guerre". Les militaires prennent soins des leurs. Un "hotel" ? un "hopital" ? La différence est simple : l'hotel ne laisse pas espérer de guérison, simplement du repos. Il arrivait toutefois que l'on y guérisse, en acceptant de perdre un bras ou son image.
Le mèdecin n'est pas celui qu'attendent ceux que l'on n'appelaient pas encore les patients. Ils attendent les infirmières. Celles qui soignent, qui soulagent, qui parlent, qui écoutent, qui font réver. Des anges. Des saintes. En fait, des religieuses. Elles ont la foi. C'est une vocation. Elles sont désintéressées. Il n'est pas question des 35 heures, ni même de les payer. Quand l'hopital est devenu public et la république laïque, elle ont continué à venir. Leur travail n'est plus gratuit aujourd'hui, mais celà reste récent. Et dans le monde de l'hopital, celà continue de marquer : le salaire d'une infirmière, ça doit d'abord être le bien qu'elle fait autour d'elle.
Les soeurs n'y ont pas tout perdu : un pavillon de l'hopital leur est aujourd'hui réservé. Elles sont plusieurs à y voir le diable et à hurler longuement certaines nuits.
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